Blog

Il y a bien ce mot “simagrées”. Des simagrées voilà ce que sont beaucoup de nos mouvements d’âmes. Quand on trouve la perle on ne simagre pas, on brûle de bonheur, on écrit comme un rat doit ronger, on tapisse des centaines de feuillets par mois, on court son monde à travers plume et c’est une cavalcade paisible, franche et régulière qui se déroule comme un tourbillon de lave.

Theend1

Il y a bien ce mot “simagrées”.

Écrire c’est facile, il suffit de déclencher un peu la machine et de ne faire aucun effort. Quel est le meilleur “sésame” à l’inconscient ? Quelle est la chlorophylle de l’écrivain ? Le premier temps de l’éruption ? C’est le droit reconquis au rêve. Oui rêver, me voilà héros, ici les foules me demandent, là une beauté enivrante m’offre son corps chaud et exquis, je brille haut, je sortilège, je suis le cador éternel, je redeviens ce que je suis.

Tous ces films, et toutes ces histoires, sont la part autorisée de rêve que les adultes se tolèrent : encore la veulent-ils crédible, et cohérente et réaliste, et que ce ne soit pas trop facile. Le héros peut avoir la femme, s’il doit combattre et prendre des coups. Il peut gagner le trésor s’il perd la femme, conquérir le pouvoir des dieux s’il le reperd.

Dans tous ces rêves, la loi morale toujours se substitue aux résistances individuelles. La loi nous dit “tu peux rêver d’autant plus libre que tu sais que le rêve a un prix faramineux”. Étonnante cette capacité de l’homme social à refouler son droit de rêver pour lui même, et se livrer en masse frénétiques aux joies du rêve de masse.

Nous sommes beaucoup à rêver, c’est permis. Il est permis de rêver ce rêve. Il est permis de s’enthousiasmer. Et secrètement emporté, chaviré dans l’ultime aveu, on prend son plaisir commode au beau milieu des foultitudes.

Fort bien mais le créateur ? Il est le monsieur qui rêve, le grand enfant socialisé, le garnement et le génie. Lui ne peut pas rêver un peu. Il doit tout rêver et tenir bon c’est à dire tout lâcher, et on ajoute un peu de technique, d’apprentissage. Il justifie ainsi son statut  de “fou respecté”, on l’admire parce qu’il fait beaucoup ce qui en petite dose est condamné : il s’est accaparé son droit à rêver, en use abondamment.

Il s’agit de rêver oui, mais de se voir soi même dans un personnage qui vit des choses extraordinaires. Il ne s’agit pas de rêver la foule mais de me voir en plein solo de guitare, quand la nuit tombe sur hyde park au dessus de 200 000 personnes.

Il ne s’agit pas de rêver une brune au corps de braise, au yeux de biche, aux senteurs de passion. Ça c’est le bûcher. Il s’agit de me voir la séduire, l’emmener dans mon charme, jouer d’elle comme d’un instrument sublime. Je suis le joueur pas la guitare, je dois me rêver joueur de paradis.

Écrire ça donne de l’énergie, un volcan d’énergie fourmille sous mes doigts. C’est le nectar. Plus je le donne, plus je suis riche, plus je le donne, plus j’en abuse, plus je le lâche, plus je le répands et plus j’en ai, meilleur il est.

Source infinie coule d’abondance !

1 Comment

  1. sab04-17-2010

    abuse et répands encore et encore moi j’aime quand tu me fais rêver ;o)

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.

Stories beyond frontiers. Les histoires font la loi.