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Voyageurs sans cesse au prise avec les rochers du réel, mais aussi son goût et ses plaisirs sensoriels, happés ou portés par les vagues dérivantes qui seules nous conduisent vers les îles aux trésors, nous nous saluons et nous aimons, tantôt dans ce monde et tantôt dans l'autre, comme des ombres fantomatiques assoiffées de lumière.

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Voyage d’amour

Quand on n’a pas écrit, on ne peut pas comprendre l’écriture.
Il faut y être au moins un peu entré, pour comprendre qu’y mettre un pied, c’est déjà s’engager à tout lui donner, car il n’y a pas d’autre façon d’écrire que de se livrer totalement.

Ceux qui n’ont pas fait ce voyage passent à côté de la source et du sens de nos itinéraires dans la vie réelle.

Mais quand on écrit, on ne peut pas davantage comprendre l’écriture. On s’y adonne, on se livre à elle, à ses mirages et ses merveilles, on plonge dans les mondes infinis qu’elle ouvre et les tortures jouissives qu’elle nous inflige pour distiller ses élixirs.

Au fond pour comprendre l’écriture, il faut avoir écrit.

Connaître ce monde et les clés du voyage, mais rester en deçà du seuil des sirènes et des secrets. A ce point précis, la vie réelle, où notre corps existe, et les royaumes imaginaires où notre esprit découvre sa vraie nature, se présentent à nous pour ce qu’ils sont : deux visages complémentaires, indissociables et inconciliables, de l’expérience humaine.

Chacun de nous passe à sa guise par le miroir magique et en revient.

Ne pas le connaître c’est vivre à moitié, dans les sentiers balisés des sociétés successives. L’emprunter c’est embrasser l’infini au risque de se perdre dans l’éternité enivrante des mondes imaginaires.

Entre la moitié et l’infini, chacun de nous construit sa propre complétude.

Voyageurs sans cesse au prise avec les rochers du réel, mais aussi son goût et ses plaisirs sensoriels, happés ou portés par les vagues dérivantes qui seules nous conduisent vers les îles aux trésors, nous nous saluons et nous aimons, tantôt dans ce monde et tantôt dans l’autre, comme des ombres fantomatiques assoiffées de lumière.

Mais nous n’existons vraiment et ne créons de vraie relation que quand nous avons tous, en même temps, un pied dans les deux mondes. A cet instant, l’extase se fait présent tranquille, et nous ronronnons de bonheur, dans le partage souriant et complice d’une goutte d’amour pur.

Quand nous sommes jouissance partagée.
Quand nous sommes comme par magie irradiés de sourire, un sourire de silence qui se dessine aussi, bouche commune, lèvres scellées de partage, sur le visage de notre partenaire en cet instant magique, précieux, cet or de la vie qui nous fait inlassablement repartir à l’assaut des cailloux du quotidien, de la routine, de l’usure.

Nos chemins chaotiques sont bien les seuls qui mènent au ciel des artistes et des amoureux, et ce ciel est bien le seul d’où pleut une pluie de lumière, pour enchanter le public, tous ceux que nous aimons en ce monde, et qui souvent, nous aiment infiniment sans bien comprendre à quelles merveilles nous devons nos pires chagrins et nos joies les plus farouches.

C’est cela écrire, partir loin à s’en bruler les tempes, pour dire à ceux qui sont partout à côté de nous qu’ils méritent un territoire plus enchanteur que ce que la majorité des mortels nomme réalité.

Oui, écrire c’est déclarer la guerre au réel.

C’est quitter sans cesse ce que nous avons de plus cher, c’est se projeter voyageur orphelin, aventurier du désespoir, avancer à la lueur d’une torche qui ne brûle que de nos peurs, pour ramener de haute lutte un caillou d’amour, une pierre de lune, un souffle d’étoile et le poser là, sur la table, sur la page, sur l’écran.

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