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Oxygene

Vacherie de jeunesse quand je il y a longtemps, début.

Annie est une vache normande de 6 ans, à la belle robe blanche et marron.
Son caractère espiègle, elle le dissimule sous une apparente tranquillité bonhomme. Quand Félicia, Marggy ou Winnipeg  ruent dans l’enclos, ou traînent à revenir, elle reste placide, et d’une nonchalance docile.

Pour Monsieur Jones, son propriétaire, elle est une vache modèle, sa préférée. C’est ainsi qu’en plus de gagner une pomme ou un épi de maïs à l’occasion, elle est moins surveillée que ses quarante congénères.

Mais ce que M. Jones ignore, c’est qu’Annie n’a jamais oublié un certain jour de mai, dans les vastes pâturages de M. Peters où elle est née. Ce jour là, les pluies avaient formées de profondes mares au pied de la colline, et suivant sa mère, Annie s’y était ébattu de longues heures avec sa sœur. Moment de bonheur sans nom, sensations
inconnues et grisantes qu’elle avait gardées au fond d’elle même. Et quand elle fut vendue à M. Jones, séparée de sa famille, une seule chose avait adoucie sa tristesse : le spectacle des enfants s’ébrouant dans la piscine devant la maison, à quelques mètres de l’enclos. La piscine. La piscine comme une obsession entre foin et mouches.

Comment retrouver les joies aquatiques, revivre la magie enfantine, ce goût de liberté et de bonheur qui fut trop bref, et désormais révolu ?
Annie avait décidé : en faisant tout pour endormir la surveillance de Jones. Un jour, à force de patience, le moment viendrait, et la piscine serait à elle.

Ainsi depuis deux ans, jour après jour, avait elle su devenir une vache apparemment amène, sans rébellion, sans caractère. Un animal aux manières un peu molles, au pas lourd, aux yeux humides et sans flamme. Une bonne vache docile. Et tôt ou tard, elle le savait, Jones commettrait l’erreur fatale.

Et le jour vint : voyant Alicia et Marggy s’éloigner vers la route, elle rentra seule, la première à l’enclos. M. Jones, après un regard rapide vers elle, laissa le corral ouvert pour se consacrer aux fortes têtes. C’était le moment: tandis que Jones s’éloignait, hurlant et vociférant, Annie sortit à pas décidés.  Elle contourna le petit muret de pierre pour se retrouver sur la terrasse, au moment où les enfants, comme tous les jours à la même heure, prenaient leur goûter à la cuisine, de l’autre côté de la maison.
Grisée, sure de sa victoire, Annie se permis de pousser la curiosité plus loin, et entreprit de visiter les abords du jardin, puis la cabane à outil du vieux Jenkins, avant de savourer le spectacle de l’eau claire où le vent léger faisait danser de petites vaguelettes.

L’entrée ne fut pas une mince affaire, et l’escalier se révéla malaisé à descendre pour une vache de 340 kg. Puis ce fut l’extase : seule au milieu de l’eau, elle parcourait la piscine frénétiquement, repensant à sa mère et à sa soeur, et leur dédiant cette victoire éclatante.

Elle était si bien arrivée à tromper Jones qu’il ne remarqua pas son absence dans l’enclos, et Annie poussa l’estocade finale au point d’ attendre que la famille soit réunie à dîner pour pousser un meuh si retentissant qu’il fit sursauter la maisonnée, un meuh de bonheur et de victoire bientôt repris par toutes les autres vaches en une symphonie dont on parle encore aujourd’hui à Stratford on Hampshire.

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2 Comments

  1. souslesmots09-24-2010

    Voilà une vache qui a du chien

  2. omeyer09-24-2010

    bien vu ; )
    la question est : Annie fait elle ouah ou meuh ???
    (et en anglais en plus)

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