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Tordre le cou aux idées reçues

Tiens c’est vendredi, et pour tout dire, j’avais la plume paresseuse. Mais finalement je vais surfer sur le soleil radieux qui baigne le jardin et dont les rayons pointent vers le pc dans un sous entendu qui en dit long. C’est entre le soleil et moi et il a gagné.

Aujourd’hui c’est jour de faire la peau à l’incommensurable amoncellement d’idées reçues qui baignent le beau pays du scénario.

Tour d’horizon rapide :

  • écriture des scènes : « commencer tard, partir tôt. » magnifique. sous couvert d’éviter digressions et moments plats, vous venez de dire adieu à Sergio Leone et Tarantino. Désolé les gars, le manuel est contre vous.
  • dialogues : le moins possible, vu que « show don’t tell ». Oops on a perdu Woody Allen, Bacri Jaoui et Shakespeare s’accroche aux branches. Tant pis, eux non plus ne passent pas le cut. On vous rappelle.
  • « less is more » ahh, le rasoir d’occam appliqué bravement à la dramaturgie. On vient de perdre à peu prés tout le burlesque depuis la création du cinéma, toute la comédie italienne, de funés et fernandel et j’en passe, parce que pour tous ces génies, oui monsieur, « more is better » surtout si c’est excessivement more à en faire péter le plafond. à ce point de notre bilan, en gros, 70% du cinéma mondial est déjà recalé. Si Mel Brooks ou les Monty Python sonnent pour revenir, n’ouvrez pas. Et pour le prix on va laisser Apatow et Tex Avery dehors aussi.
  • garder le spectateur à l’esprit. le pôvre, qui est un demeuré, doit être soigneusement guidé dans les méandres balisés d’une intrigue pas trop compliquée. Là gros coup sur le buzzer, Lynch est viré d’office, et avec lui pour faire bonne mesure Terry Gillam, Le Faucon Maltais, la majorité des films qui sortent un tant soit peu du cadre stricte de la dramaturgie lisible, linéaire classique.
  • faites un plot en béton armé, une intrigue waterproof et tant pis pour le plaisir. Contrairement à ce qu’on pense, on vient de balayer tout le cinéma d’Hitchcock, qui  met met minutieusement en scène des intrigues absolument invraisemblables. Trouvez l’erreur.
  • du sous texte du sous texte du sous texte : à force de s’obséder à décaler ce qui est ressenti de ce qui est exprimé, on arrive surtout à ces scènes fameuses où le héros qui a une flèche dans le bras raconte une blague de toto. Alors du sous texte ok, mais surtout euh, du texte déjà ce serait bien.
  • le personnage a un défaut, une faille, une tare. Va chercher ta machine à défauts, ton bouquin de psycho à 3 euros et pan mets en une tartine dans la gueule du personnage. Et là c’est le drame. Non un héros n’a pas plus de faille que vous et moi (si si relisez bien, c’est vrai). Ce qu’il a c’est un vide qu’il ignore. Et ce vide, c’est justement ce que l’histoire va combler. Mais ce peut être un beau vide, un vide sympathique, un vide lunaire. Le seul effet de ce genre de théorie c’est juste de pousser à créer des personnages antipathiques à la caractérisation lourdingue et d’ajouter encore un peu à la philosophie ambiante qui confond cynisme et description réaliste, dramaturgie et gros œuvre de maçonnerie.

Pourquoi je me chauffe là, un peu sans raison, je vous l’accorde ? Parce que le cinéma mondial se cherche. Il cherche vers le passé, vers les effets spéciaux, vers les séquel de mashup en remake, vers le docu scénarisé, bref il se cherche.

Tous les scénaristes du monde savent bien que tout a été fait, refait, et rerefait. Mais ils savent aussi que nous vivons une grande époque, une époque de transformation et de maturité du cinéma.

Alors quand il faut tout inventer, tout réinventer, le plus simple est une fois pour toute de comprendre que les anciennes recettes ne marchent que pour écrire la frange la moins intéressante de la production d’histoires. Nous ne sommes pas des tâcherons, mais des auteurs, des inventeurs.

Nous sommes libres, et c’est bien de cette liberté dont le cinéma a besoin aujourd’hui.

Et sur ce, bon weekend à vous.

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Stories beyond frontiers. Les histoires font la loi.