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Too much of trop de tout

Nuit de hibou. Les réflexions diverses, les faims inassouvies, les questions sans réponse, les fils qui m’accrochent aux émotions comme à des ronces enfoncées dans le cœur… …me tiennent nocturnement éveillé.
Et comme un bonheur ne vient jamais seul, j’ai laissé M6 allumée sur la nuit des clips.

Et ça défile tandis que je pianote sur un clavier qui prend des libertés avec ma volonté studieuse.

Et ça défile. Des images rapides, des cuisses légères, des tronches de méchants, des  grimaces de serial lovers, des mines agressives ou abandonnées, des moues aguicheuses, des enfants capricieux et des paumés glorieux, des histoires d’amour ratés, de caprices élevés en philosophie du quotidien…

Ces artistes vendent leurs histoires avec une certitude stupéfiante.
Saturation.
Ce monde a pour méthode la saturation. Trop d’images tue les yeux, trop d’info tue la digestion, trop de détails tue l’amour, trop de gens refroidit la compassion.

Tout le monde fait son truc, dit son truc, vend son truc avec une assurance apparemment sans faille. Saturer l’espace média. Les tuyaux modernes de contenus se déversent sur le bon peuple à longueur de temps et se sont donnés pour mission de l’entraîner dans ce maelström insensé ou de le laisser hébété et catatonique.

A croire que le silence est passible de la perpétuité. Là dans ce creux du tissu social, il pourrait créer un espace possible de vérité. Alors parle ou meurs si tu veux être moderne.

Une société de rythme plus que de sens. Avec en coulisse l’idée que si on s’arrête on ne démarrera plus. Tout ça devrait nous faire réfléchir deux minutes.

Avant de l’ouvrir il faudrait avoir quelque chose à raconter. Et si on n’a rien à raconter, il faudrait écouter quelque chose avec du sens dedans, au minimum. A moins de vivre tous comme des bip bip sous exctasy. Débordé-pas-le-temps-de-me-poser, de penser, de tirer des conclusions un peu fortes sur cette société qui ressemble de plus en plus à un tgv sans pilote.

Hé ! Si on respirait deux minutes ? Moi cette nuit, j’aurais bien apprécié un clip de Raphaël, ou de Vanessa Paradis. Ou d’Etienne Daho. Ou de n’importe quel jazzman ou woman que l’on ne voit jamais sur les ondes. Des gens un peu discrets, absorbés par leur art, qui ne se montrent, et encore avec pudeurs, que quand ils viennent raconter des histoires travaillées et sincères. Ils sont ce qu’ils font, il sont ce qu’ils montrent, autant que possible. Moi j’aime ces gens-là.

Un peu moins, un peu plus lentement, un peu plus sincère, un peu plus travaillé, un peu plus original, un peu plus simple.

En faire moins mais plus simplement, plus profondément. Peut être que le premier devoir d’un citoyen est de ne pas rajouter à cette saturation de mots, de sons, d’images. Peut être que le premier devoir d’un artiste est de porter son art avec pudeur. C’est sans doute paradoxal dans une société où être signifie s’exhiber.

Dans une société qui marche à l’envers, ceux qui devraient se taire occupent l’espace public, ceux qui devraient se montrer se cachent, et la parole est accaparée par ceux pour qui elle n’a aucune  valeur.

Au fond aujourd’hui, la vraie révolution passe par un immense respect pour le silence.

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Stories beyond frontiers. Les histoires font la loi.