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Premier amour

Je me souviendrai toujours de ce matin là, quand je l’ai vue pour la première fois. Elle portait une petite robe fuchsia avec des bretelles carrées et en dessous une sorte de jabot  d’un blanc de dimanche qui semblait sortir de sa poitrine comme une fleur de paradis. Après le fuchsia et le blanc, le troisième éclat de couleur fut le noir de ses cheveux.

Ce n’était pas un noir de tous les jours ni de tous les cheveux. C’était un noir royal, une brillance qui attirait sur elle toute la lumière qui perçait entre les marronniers dans la petite cour de notre école, et renvoyait des reflets argentés et mauves dans lesquelles scintillaient des princesses incas et des stars d’Hollywood.

Et dans ce vertige d’étoiles éblouissantes, on était comme envoûté par les circonvolutions des boucles sagement réparties à droite et à gauche d’un visage rose et ovale, avant de s’éparpiller en une cascade vertigineuse de deux longues nattes tressées qui dévalaient sur ses épaules puis sur sa poitrine, de part et d’autre de l’orchidée magique, et ondulaient à chacun de ses pas à la façon d’un serpent terrible, légèrement dérangé dans son sommeil, et qui n’aurait pas encore décidé d’exploser d’une détente prodigieuse en un python mortel et magnifique, qui n’aurait eu besoin pour terrasser ses victimes que d’êtres vues par elle, en un dernier et fascinant mirage.

Avec tout ça, sa bouche avait pour moi un air de bonbon rose et délicat.

En la regardant s’approcher tranquillement, encore accrochée à la main d’une mère dont je ne voulais rien savoir, je sentis s’allumer en moi un feu de joie irrépressible, un frisson électrique roulé en boule qui faisait craqueter délicieusement des étincelles et des étoiles, comme un appel, la reconnaissance d’un signal lointain, un déchirement de bonheur et de volupté promis depuis toujours et qui attendait, tapi au cœur de mes entrailles.

Alors je vis ses yeux, trésors de jade et d’émeraude, et ses petits sourcils en accent circonflexe. Quand un sourire s’épanouit sur ses lèvres, ce fut comme si le monde entier était tombé dans un trou, le monde entier et tous les adultes et tous les livres, et toutes les écoles, et tous les marronniers, et les mains inconnues qui nous tenaient jour et nuit.

Il y avait elle et il y avait moi, collés par son sourire, dans la lueur souveraine d’un matin de printemps, tandis qu’elle arrivait, belle hirondelle à la mine espiègle et chaleureuse, ne tenant pour tout bagage en entrant dans ma vie, qu’un petit cartable de cuir marron.

 

1 Comment

  1. christiana04-25-2010

    Un premier amour ne s’oublie jamais…

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