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Un scénariste c'est quelqu'un qui est arrivé à inverser l'image du monde dans son œil, à sauter en permanence de cette image inversée à l'image habituelle, et le tout en remontant la flèche du temps à volonté. Ce fonctionnement mental, rendu quasi obligatoire par l'exercice même, est très proche des états d'esprit des physiciens.

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Le Temps des Enfants

Au fond, concevoir une histoire, c’est comme concevoir une théorie du réel qui rende compte des phénomènes de l’expérience, affronter la complexité des faits en recherchant la simplicité de la théorie et des concepts.

Suggérer le complexe, en rendre compte dans ses moindres méandres, à partir d’une source originelle simple et fertile. En physique c’est l’équation fondatrice, dans les histoires c’est l’équation à quatre inconnues entre un monde intérieur, un itinéraire, un monde extérieur et la ou les deux relations qui insufflent la dynamique de l’histoire. On dit que less is more, mais ce n’est pas une question de quantité seulement. More simple is more.

Plus la source est simple, plus fertile elle est, mieux elle fait sentir la complexité du réel.

L’éclairage d’une scène, une réplique, un souffle, tout cela doit venir pour le spectateur des profondeurs invisibles du scénario. Mais le scénariste lui doit savoir qu’il n’y a qu’une seule source de lumière qui éclaire ces profondeurs. Et que cette source brille à chaque seconde du film, à des intensités variables.

C’est cela l’art du scénario.

Condenser l’histoire en un noyau dense et scintillant, et présider à son expansion.

C’est offrir un univers unique, une cosmologie des relations humaines, une visite des astres de nos sentiments.

Entre trouver la relativité et penser le high concept absolu, il n’y a de distinction que dans la traduction que prend la pensée qui s’applique dans des domaines différents.

Une belle histoire est une étoile.

Elle tire d’elle même une forte attraction gravitationnelle  et irradie simultanément vers le public un puissant rayonnement.

Les physiciens et les scénaristes cherchent le même trésor. Ils naviguent hors des systèmes de pensée habituels de leurs sociétés, se heurtent aux mêmes limites de leur propre esprit, et leur conceptions du temps sont également teintés d’une irrévérence totale. Pour eux le temps n’existe pas. Il est une mesure inerte de la dynamique des phénomènes du réel.

Combien de temps ça dure ? Est pour eux une question sans portée. Ce qui compte c’est à quel moment les concepts explosent pour produire du réel.

C’est dans le dialogue entre équation et expérience, entre écrit sur la page et vécu par le public que se situe le champ crucial de leurs arts respectifs.

Un auteur est d’abord un peintre des émotions.
Les physiciens inventent le réel.
Ajoutons les mystiques.

Voilà les trois peuples qui ont façonné toutes les histoires du monde.
Mais à l’origine de tous ces histoires palpite le cœur d’un peuple d’enfants, libres et révolutionnaires.

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4 Comments

  1. liliaK05-12-2010

    En voilà de la matière !
    J’en cherchais justement.
    Bonne journée.

  2. omeyer05-12-2010

    matière matière, vous avez dit matière, comme c’est énergique ! bon alors E=MC2, mais la courbure de l’univers a décalé le big bang d’un acte entier ! En revanche la vitesse de la lumière est constante, et ça c’est le spectateur ; ) bonne journée liliak

  3. cortisone05-12-2010

    mettre en lévitation tout les possibles !

  4. omeyer05-12-2010

    Bob Dylan a dit « Pour un artiste il n’y a que deux directions, en haut et en bas ». Si on peut passer le plus de temps possible en haut, c’est bien. La gravité nous tire au sol, alors oui il faut léviter, pour retrouver les possibles. Pas toujours facile à faire, alors essayer, essayer, essayer.

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Stories beyond frontiers. Les histoires font la loi.