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"Les métiers d’écritures sont des voyages au parcours souvent chaotique, avec des petits pas, beaucoup de pas de côté, quelques grands pas en avant et quelques petits pas en arrière. Pour un auteur débutant, c’est un schéma à apprivoiser, c’est un peu compliqué, ça prend de l’énergie, ce n’est pas toujours facile, mais la réussite et l’accomplissement n’en sont que plus gratifiants et fascinants. "

Crédit Photo : Robert Desnoyer

Le Plus Grand des Voyages par Clémence Lebatteux

Pour écrire une histoire, il faut s’y consacrer entièrement, s’y plonger, ne serait-ce que pour une heure seulement. Même lorsque l’on n’écrit pas, même lorsque l’on n’avance pas, on vit toujours avec cette histoire, telle une passion inassouvie, on ne cesse d’être avec elle. Un peu comme le personnage d’Harold Crick qui entend sa propre histoire dans sa tête. Voilà ce que j’ai toujours cru, et ce que je croirai toujours. Mais il est rare, dans la vie d’auteur débutant, d’avoir ces véritables moments de concentration, ces moments où, seul face à un écran ou une page blanche, on ne pense plus qu’à une situation, à un personnage. Pour que cela se produise, il faut pouvoir rester chez soi, se consacrer à la solitude de l’écriture : en d’autres mots, vivre de sa plume. Mais la question se pose : comment vivre de l’écriture quand on n’a pas le temps imparti nécessaire ?

Ah, la folle vie d’un jeune auteur ! On n’a pas le temps de s’ennuyer, ça c’est sûr. En tant que jeune auteur qui a un loyer à payer (comme tout le monde, hein !), j’ai un job alimentaire, qui n’a rien à voir avec le scénario et qui me prend toutes mes matinées. Non content de me faire me lever beaucoup trop tôt, car on se lève toujours trop tôt, ce boulot occupe aussi les horaires où je suis la plus productive… je suis en effet de ces auteurs « du matin ». Enfin, c’est un travail qui demande un poil de concentration et d’énergie. Résultat ? Les après-midi où je n’ai pas de rendez-vous ou d’obligations, j’ai souvent du mal à me mettre à écrire, à déconnecter avec le monde réel et me replonger dans une histoire qui n’attend que moi. Pourtant, ce n’est pas l’envie qui m’en manque, au contraire. Mais l’appel de la sieste, vous savez, ça peu être pire qu’une drogue !

Mais voilà, c’est écrire que je veux, c’est pour ça que je suis faite, je le sais, je le sens, c’est dans mes tripes. Vivre de ma plume, c’est l’objectif numéro un. Alors, quand je me laisse aller et que je n’arrive pas à trouver la motivation nécessaire, je ne peux m’empêcher d’être atteinte de la fameuse remise en cause de l’artiste. Ces petits moments consistent à se rejouer pendant quelques minutes les scènes les plus dramatiques de Sunset Boulevard. Cela donne quelque chose comme : mais qu’est-ce que je fous ? ce n’est même plus de la procrastination, à ce niveau-là ! Pourquoi s’acharner quand je n’y arrive même plus ? Pourquoi encore vivre sans un sou et dans la galère pour faire éclore un rêve dont on n’est même plus capable de poser les fondations en s’oubliant dans l’écriture ? Une vraie drama queen je vous dis !

Mais j’ai compris quelque chose, récemment. Cette remise en question constante, ce mouvement de repli, est nécessaire pour mieux rebondir et atteindre la réussite. Car je vous rassure, à la clé, il y a des réussites, que l’on apprécie encore plus ! Le doute, ça  fait partie intégrante de ce métier dur et passionnant. C’est en l’amadouant qu’on peut arriver à le dépasser, en parvenant à ne pas voir le découragement comme un obstacle infranchissable mais bien comme un signe qu’il faut aller puiser ailleurs, emprunter des chemins détournés.

Mon favori ? La co-écriture. Voilà une obligation qui n‘en est pas une, à laquelle on ne peut et on ne veut se soustraire. Quand la personne en face est le moteur qu’il vous faut pour vous prendre par la main et vous replonger dans votre imaginaire, alors c’est gagné. Et c’est réciproque : parfois, c’est vous qui, débordant d’une énergie toute nouvelle, êtes la force motrice de l’écriture. C’est une véritable mine d’or pour les jeunes scénaristes, un bon moyen de se parer contre les désillusions du métier. Ne pas hésitez à aller même jusqu’à créer un groupe, de lecture, d’écriture, de soutien, quoi que ce soit. Pour commencer quelque chose, mettre en branle une histoire et oublier pour un moment les réalités matérielles qui vous feront retourner au travail demain. Vous y retournez avec la motivation nouvelle et l’espoir qu’un jour, vous en verrez le bout.

Même si on en a parfois marre, il faut se projeter dans un futur plutôt proche où on fera enfin de cette passion rongeante et vitale le métier dont on a rêvé. L’envie reste toujours quand le doute est parti.

Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas. Lao-Tseu

Clémence Lebatteux

Après un Master of Creative Writing à Roehampton University à Londres, Clémence Lebatteux obtient en 2010 le Master Professionnel de Scénario et d’Écritures Audiovisuelles de l’université Paris X Nanterre, où elle écrit son premier long-métrage sous la direction de Claire Barré.

Depuis, elle développe de nombreux projets de différents genres et de différents formats, seule ou en coécriture : séries télévisées policière ou d’anticipation, unitaires comédies, mais également transmédia ou projet de long métrage avec le réalisateur indien Krishna Bagdiya. Elle a participé au Workshop des Bibles TV mené par Frédéric Krivine au Festival des Scénaristes de Valence.

Elle tient un blog sur les séries, le cinéma, le scénario et autres formes d’écriture  mypenmyfriend.wordpress.com 

Crédit Photo : Robert Desnoyer

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Stories beyond frontiers. Les histoires font la loi.