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2012 03 25 09.51.47

Le plancher des vaches

Une  amie très chère, c’est à dire le contraire d’une amie à deux balles, à qui je confiais de récents et récurrents blocages dans mon process d’écriture, me faisait remarquer avec justesse, je cite « le truc c’est que tu ne te lâches pas assez, faut t’éclater, oublier la cohérence. Il faut délirer, changer les angles, trouver ton regard en explorant librement les sentiers qui fuient la logique »

Damned.
Démasqué. Elle a raison.

Elle a suggéré d’aller chercher du côté des arts visuels, peintres, photographes, musiciens. Du côté des surréalistes. De faire exploser les braves bornes du conformisme et de quitter le plancher des vaches.

Damned. J’ai le vertige ? Ça existe un auteur qui a le vertige ? Une vache qui pâture dans son enclos la même herbe sèche, alors que le corral est wide open sur des contrées à découvrir ? Hé bien euh oui ça existe. Avoir une ferrari et passer son temps à vérifier l’huile et la pression des pneus, autre métaphore que mon orgueil a dû essuyer. Enfin j’ai essuyé l’huile mais la ferrari m’allait bien.

Liberté je chéris ton nom. Mais reste un peu loin, j’ai les jetons. De quoi ?

Pourquoi s’accroche t on à la rambarde ? Pourquoi vit on en petit bassin ?
Pourquoi reste t on collés prés du bord ? On, c’est je, mais permettez moi, pour sauvegarder un brin de fierté, de supposer que vous aussi vous avez votre enclos d’auteur, votre petit bassin d’artiste, votre herbe familière. Dans le cas contraire, c’est que ce blog est lu par d’immenses et renommés artistes. Auquel cas merci de cliquer à droite sur la rubrique « contact », je suis disposé à bosser avec vous, anytime, anywhere pourvu que ça rapporte pas mal et que ça me fasse avancer à la vitesse de flash gordon au galop.

Ici un exemple de patûrette. Nous savons vous et moi que trouver le « pourquoi » est un bon moyen de reculer encore. Mieux vaut se poser un paquet de questions sur la bonne façon d’avancer plutôt que faire un pas. Je suis spécialiste à ce genre d’exercice.

Et il faudrait changer ? Quitter le joli monde des frustrations patiemment entretenues? Fuir de sublimes clichés ? Renoncer aux idées reçues ou construites depuis sa plus pas tendre enfance ?

Merde alors. Pour être un artiste vous voulez dire qu’il faut en être un vraiment ? On ne peut pas prendre juste le costume et deux babioles décoratives ?

En plus il faut prendre le risque d’être unique et original ? Singulier ? Tout ça c’est bien gentil sur le papier, mais ça veut surtout dire : seul. Argh. Seul ? On a tous donné
hein. La solitude, c’est surtout le souvenir de grands moments qu’on préfère ne surtout jamais revivre.

Je crois que je commence à comprendre. J’ai peur que mon cœur d’homme libre ne me condamne à la solitude.

Tout le monde a peur de quitter son plancher des vaches et son enclos familier. Les artistes aussi. Mais ils sautent dans le vide. Ils sortent et se perdent. Ils passent par des contrées froides et sombres, des horizons vierges, des forêts magiques.

Ils embrassent la peur et se jettent à l’aventure. C’est ce qui en fait des artistes justement, et c’est pour ça qu’ils ont un statut si particulier. Le public rêve d’être comme eux, mais est terrorisé de passer par où ils passent.

Je suis encore dans le public. Mais désormais je le sais, et je vois le loquet de bois ouvert sur des collines que je ne distingue pas bien, mais qui me font envie. Envie. Je jette un dernier regard plein de nostalgie sur mes amis et amies vaches de l’enclos, eux que j’aime tant, eux que j’ai peur de perdre et avec eux le trésor de la chaleur humaine.

Je les regarde, puis je regarde l’horizon au delà de l’enclos et je murmure comme pour moi même, dans le vent frais qui se lève « je veux aller là bas ».

Je n’aurai que mes larmes pour compagnes, et l’espoir de les retrouver tous, ces visages aimés, chéris et inconnus, plus grands, beaux et heureux que jadis, là bas dans le mystère qui fait flotter un étrange brouillard sur des formes aux contours brumeux et sombres, et dont s’évapore une sorte de douce lumière baignée de musique, une lumière en forme de sourire, en forme de matin de l’espoir, en forme de mon visage que je découvre dans les contours confus de paysages que j’ai si souvent vus en rêve et vers lesquels je dirige enfin mes pas.

Créer, c’est sans doute cela : mourir avec un sourire aux lèvres et recommencer mille fois.

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1 Comment

  1. souslesmots09-23-2010

    je connais au moins une vache qui prends la même direction..avec la même trouille.

    On se revoit de l’autre côté ?

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Stories beyond frontiers. Les histoires font la loi.