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La clé de voûte : Marius, les quatre tiers et les 3 moitiés.

Petit préambule. A l’usage des plus novices : faites comme vous sentez, sans trop vous casser la tête sur les questions théoriques. Aux plus expérimentés : votre méthode est la bonne, puisqu’elle marche.
Cela étant je partage par écrit ici deux, trois idées, à toutes fins utiles, et disons, pour le plaisir.

Dés qu’on s’intéresse à l’écriture de scénario, on tombe sur la question de la structure. Question qui veut tout dire et rien à la fois. On peut gloser à l’infini sur le nombre d’actes, prétendre avoir trouvé des secrets que confirment après coup le visionnage des films – quand on a un marteau dans la tête, le monde entier est un clou -, aucun outil savant n’est de la moindre utilité avant d’avoir déjà une sorte de paysage assez précis d’une histoire.

Mais quand même…

S’il est forcément juste, et de bon sens pratique, de poser les grandes lignes sous la forme début, milieu et fin, et de prétendre fonder sur cette notion la façon dont une histoire se déroule, c’est la question de la clé de voûte, ou midpoint chez nos amis anglais, qui me semble la plus pertinente.

Parce qu’il est assez facile de vérifier s’il y en a une ou pas, dans la majorité des films.

Or il y en a.

Des clés de voûte brèves ou durant deux ou trois scènes, des clés de voûte thématiques et des clés de voûte dramatiques.
Alors pour faire simple, s’il y en a, j’ai du mal à concevoir que l’on parle d’acte II en un seul morceau. Soit il est en deux morceaux, avant et après le midpoint. Soit dans un rythme plus ternaire, avec un sous acte qui tient lieu de pivot.

Pour moi, la clé de voûte est donc, et de très loin, le principal « moment » de l’histoire à poser. Plus important que la fin, qui peut évoluer, et sans aucun doute plus important que le début, qui en bonne logique, ne s’écrit bien que quand on a écrit tout le reste.

Effet induit pour moi, dans ma pratique, le modèle le plus simple et le plus juste pour avancer dans la structuration est donc un modèle acte I IIA IIB III. Un modèle à quatre temps, qu’utilisent évidemment un grand nombre d’auteurs.

Or quatre temps, ce n’est certainement pas trois.

Si l’idée de clé de voûte a la moindre once de vérité, il n’y a a pas plus de raison de regrouper le IIA et le IIB dans un gloubi boulga appelé Acte II, que de regrouper le I et le IIA ensemble, ou le IIB et le III ensemble.

Et du reste, cette dernière manip est à mes yeux la plus juste dramatiquement.

Elle nous rappelle que la mère de toutes les histoires, bien avant la lecture mythique ternaire de Campbell ou les idées d’Aristote, c’est la dynamique binaire que porte le chef d’oeuvre d’Homère, qu’il ait existé ou pas, ou même, vous l’avez peut être lu comme moi, que le vrai Homère ne soit pas Homère mais son petit fils qui s’appelait aussi Homère…

La pulsation de base d’une histoire s’articule autour d’un « partir » puis d’un « revenir ». Quand l’Iliade s’arrête, c’est la clé de voûte. Quand l’Odyssée commence, c’est que la clé de voûte est passée.

Il y a bien deux temps majeurs, d’un point de vue dramatique, thématique, dynamique qui constituent la respiration d’une histoire. Or poser ces temps, seule la fixation de la clé de voûte le permet.

Et autour d’elle, un acte II divisé en avant / après. Ou plus précisément deux actes, que l’on a tout à gagner à voir comme tout à fait distincts dans leur logique.

Disons les choses simplement : l’acte II n’existe pas.
Ou plus exactement comme dirait Marius, un bon film s’écrit en trois moitiés.

Une moitié du début jusqu’à la clé de voûte.
Une moitié qui serait l’acte II classique, et qui souvent correspond à l’occupation d’un espace précis, du monde extraordinaire, de l’aventure.
Et une troisième moitié qui va de la clé de voûte à la fin et porte l’affirmation active du personnage principal, et surtout, le propos de l’auteur, son regard personnel, son univers.

Sachant qu’il ne s’agit là que de torches improbables pour avancer dans l’obscurité de nos aventures avec les histoires que nous voulons raconter. Ceci dit, à la puissance automatisée de l’électricité j’ai toujours préféré le feu et la fascination qu’exercent sur nous ses mystères…

Le feu réchauffe, effraie et fascine. Il éclaire et détruit parfois. Il rapproche les humains, brille dans la nuit pour cuire la viande ou chasser les fauves et les dragons.
Les histoires sont faites de feu, elles sont le feu de nos vies et de nos coeurs.

L’important, pour nous, c’est que le feu prenne, que les flammes produisent lumière et chaleur dans l’obscurité de nos destins.

C’est cela écrire : frotter le silex pour produire une étincelle, éclairer notre nuit, manger peut être, nous retrouver avec le clan dans la lueur magique d’un mystère qui nous dépasse tous, mais nous unit aussi, inexplicablement.

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Stories beyond frontiers. Les histoires font la loi.