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Coeur d’auteur, pensée volage I

La vie est une perpétuelle recherche d’équilibre.

Sans cesse centrer la balance de notre vie. Notre vie intérieure, la moins équilibrée, la plus partiale par sa nature essentiellement subjective, notre vie extérieure telle que les autres, dans leur infinité de critères la perçoivent. Et ce magnifique espace de frottement entre les deux, l’espace de nos relations à tout autre être vivant, à chaque instant de nos vies sociales.

Ce principe de vie a été modélisé par l’occident. On l’appelle homéostasie en biologie et en cybernétique, la théorie des systèmes a largement mis en évidence ce processus à l’œuvre, la science y a sans cesse recours, dans la notion d’élément neutre, d’équilibre des forces, d’action, réaction, contre-action.

L’orient en a sa propre approche liée à la fluidité du temps en cours de passage à travers la notion de che chinois, repris par le ki japonais. Le yin yang sans cesse en échange, en effort vers la complétude, vers le non mouvement, vers la cessation du mouvement dont le désir même, la propension, crée la dynamique.

L’auteur lui même dans sa vie ou ses écrits agit selon ce principe. D’un côté ses intentions créatives, ses impulsions artistiques nourries de ses besoins psychologiques les plus essentiels, conscients ou non, sans jugement possible sur leur légitimité, les risques que ces besoins portent en eux mêmes.

Le simple désir ou besoin artistique expose au danger : enfant de la solitude, dans laquelle nos consciences nous emmurent très tôt, le désir artistique se tend vers une autre solitude, celle de l’autre, si transfiguré par l’oeuvre, il se reconnaît dans une fulgurance vitale et irrésistible.

En face, de l’autre côté, que va t ‘elle trouver cette propension éminemment enfantine à tendre à l’autre l’expression de nos univers intérieurs ? A adresser à chaque fois une sorte de prière qui ne s’avoue pas, à sacraliser en faisant mine de rien l’écho d’autrui à ce a quoi nous mêmes accordons à cet instant le plus de valeur ?

Elle va trouver en vrac : une autre subjectivité. Le « marché » réel ou supposé, équivalent pour l’industrie du cinéma du « qu’en dira t on ? » social de nos parents. Les goûts des décideurs. L’inattention, la malchance. L’erreur de timing. Un intérêt sincère mais sans suite. La concurrence de millions d’autres propositions. Elle va trouver le mur de la saturation, de l’approximation d’attention, de compétence.

Elle va se heurter à la loi fondamentale de tout échange : prendre place dans un contexte de ressources rares. Peu de temps, peu de moyens, peu d’opportunités. Peu de visibilité. Rareté de la mise en production, inerties inhérentes à l’engagement que représente un projet de film, voire l’investissement dans une simple conversation.

Voir clairement les deux pôles, en se mettant comme de côté, dans une position méta, me paraît une étape utile dans la maturité d’un auteur.

D’un côté un humain seul et passionné extirpant de ses entrailles créatives une proposition de jeu, une offre de rêve à partager, la promesse d’une expérience intense et chatoyante. De l’autre les conditions dans lesquelles atterrit, parfois pas ou difficilement, la réalité tangible de ce qu’il propose au monde.

A chaque projet, la même équation se repose à l’identique.
L’enjeu : créer un pont à travers le temps entre deux esprits. Auteur et lecteur, film et spectateur, toute entreprise  est un pont.

Toucher l’autre, résonner en lui et l’autre en nous, est la matière de toute histoire.
De tout art.
De toute relation.
De toute société.
De toute vie.

Le bonheur sous ses formes quotidiennes, affectives, psychiques et créatives est avant tout un art de la rencontre.

Au paradis des retrouvailles, qui dit bouche dit oreille, qui dit page dit regard, qui dit main tendue dit main qui se tend, qui dit film dit public, qui dit parole d’amour dit cœur pour la recevoir. Dans le rappel fugitif et précieux d’une vérité éternelle, qui vibre à l’arrière plan de nos consciences : l’humanité est une, nous sommes un seul coeur cerveau éclatés en milliards d’expériences subjectives depuis la nuit des temps, et chaque occasion de retrouver cette unité laisse au fond du coeur un goût sucré de paradis.

C’est ce retour au paradis, que pourtant nous ne quittons jamais, qui nourrit toutes nos voix et toutes nos faims.

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Stories beyond frontiers. Les histoires font la loi.