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Qui a tenté sincèrement de mettre un pied sur le chemin des artistes les a forcément affrontés : les dragons. Ils parlent quand vous êtes seul, chuchotent ou hurlent que vous êtes fou, sans talent, différent, étranger à l'humanité, que vous courrez à votre perte. Pour terribles qu'ils soient, pour raisonnables que sonnent leurs litanies, il suffit de savoir qu'ils ne sont que des gardiens du seuil.

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Bad Dragoon, Good Dragoon, Dragoon my Friend

Ne jamais oublier, se répéter dés qu’ils surgissent que depuis la nuit des temps des milliers, des millions d’artistes ont affronté leurs assauts, peurs et monstres qui hantent l’âme en proie au doute. Et ces artistes qui nous ont précédé n’ont pas laissé la vie dominer leur art. Ni leur entourage, ni l’air du temps, ni la mode, ni les névroses, ni les critiques, ni la solitude, ni même parfois le public. Ils y ont cru. Ils ont écouté leur petite voix intérieure et appris à ne compter que sur elle. Ils ont construit leur vie par elle. Ont reconnu en elle le seul refuge possible, le seul moteur fiable.

Ad augusta per angustia. Il faut passer par l’étroit pour atteindre le grand. La crise avant le climax.

Pour trouver sa voix, trouver son art, trouver le public.

La traversée, le breakthrough, la percée est à ce prix.

Rappelons-nous que nous artistes sommes une immense famille, solidaire et hétéroclite, dont chaque membre doit seul traverser les chausses trappes d’un ennemi commun, toujours le même.

Faut il que nous soyons mal organisés entre nous pour ne pas disposer d’armes plus affûtées, de plan de bataille efficace, contre un ennemi qui répète inlassablement les mêmes sortilèges et nous attaque un par un avec les mêmes stratégies.

Faut il que nous croyant uniques nous acceptions en prix d’orgueil de souffrir seuls.

Bien avant la  technique, bien avant les règles et orthodoxies propres  à chaque art, l’artiste purge son âme dans ce combat.

Ce faisant il choisit de faire l’expérience volontaire de la détresse humaine, il se jette dans le cri et la prière silencieuse qui est l’essence de la condition humaine, dans la pleine conscience de son dénuement.

Au delà de la conscience, au delà de l’émotion, il touche au mystère du monde, de la grande création dont il est tout à la fois poussière et totalité.

Seul, humain, végétal, minéral et céleste.

Alors seulement il peut ouvrir les yeux, saisir les outils propres à son art et passer sa vie à donner à ses frères et sœurs un peu de l’éclat des merveilles que le silence du monde lui a chuchoté.

Nous sommes un peu comme l’âne de Shrek : le Dragon a l’air terrible mais souvenons nous qu’à la fin il nous mangera dans la main, transi et éperdu d’amour. Célébrons-le, reconnaissons-le : il est le seul marqueur de notre chemin, notre fidèle allié. Ce « il », ou « elle », terrible et vorace, qui nous torture quand nous sommes égarés, le voilà qui devient, quand nous ouvrons les yeux sur les sources de notre écriture, le seul « je » par lequel accorder notre voix au chant du monde.

Car vivre, écrire, peindre, sculpter, jouer la comédie, ce n’est jamais que répéter à l’infini que tout commence et ramène à ce feu d’amour qu’il faut sans cesse garder vivant, à la place d’honneur, au fond et partout autour de notre cœur.

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Stories beyond frontiers. Les histoires font la loi.