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Un bonjour chaleureux à tous, louches viriles serrées à la Lino, tapes amicales dans le dos et bises aux copines, après ma disparition de ces colonnes pour cause de, euh pour raison médico psycho narrative. J'ai dû effectuer sur moi même une déconoplastie dont je vous reparlerai, opération qui consiste essentiellement à se regarder bien en face, hurler un bon coup et attaquer sur soi même un petit chantier. Je reviendrai un peu plus sur ce genre de période à laquelle aucun auteur n'échappe. Ho ? Pas à moi hein, dis la vérité ; )

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Back to maintenant

Mais pour aujourd’hui, je commence par une question simple pour reprendre la route de ce blog délaissé. J’ai les guiboles bloguesques encore faibles, besoin de me muscler les mollets du post, et en plus je fais les dents. Ça aussi on s’en reparle.

Donc une question simple que je me pose, et puisque vous êtes là, je vous la pose aussi.
Deux points à la ligne :

Qu’est ce qui fait qu’on peut voir et revoir certains films avec la même émotion, qu’on marche à chaque fois, tandis que d’autres vous laissent au bout de cinq minutes dans un état d’aberration contre-sidérée ? Car oui parfois, menée avec brio, la bêtise narrative contre-sidère. Ça donne des navets cultes mais c’est une autre histoire.

Là où la réponse est intéressante, c’est qu’elle constituerait un sacré coup de boussole pour cerner le quoi et le comment prendre la route des premiers, de ces films mémorables, chéris, inusables. Vous me direz chacun les siens et c’est un peu vrai. Mais globalement ces films nous les partageons tous plus ou moins. Dans tous les genres et à toutes les époques, films de toutes les latitudes, de toutes cultures. On peut ergoter sur un par ci un autre par là, ok, mais imaginons que chacun liste en vrac ses 30 films préférés, ceux dont je parle seront dans beaucoup de listes (et c’est pour ça que je n’en parle pas d’ailleurs, lisez votre propre liste).

Bref ils ont quoi ? Quoi de plus, quoi de différent, quoi de spécial ?
Parce que quoi que ce soit, ce quelque chose ils l’ont.

Picasso aurait dit « Il n’y a en art ni passé ni futur. L’art qui n’est pas dans le présent ne sera jamais. »
C’est aussi ma réponse intuitive : ces grands films  ont été écrits, tournés, joués, montés au présent. Ils sont vivants. Durant toutes ces étapes, ou malgré elles parfois, quelque chose a imprimé la pellicule qui la rend plus pleine  de sens et d’émotion.

Et comme d’habitude, c’est dés la page que nous pouvons capter ce présent dans le blanc des lignes et le laisser vivre dans le noir de l’encre, lui laisser la place dans les sous textes et les respirations des scènes, le laisser innerver l’invisible maille qui se tisse au cours de l’histoire, c’est là, dans ces multiples partout que ce présent émerge, respire et irradie.

Cette matière de présent, c’est la grâce que reconnait le spectateur. Et cette grâce est inusable, elle balaye tout ce qui n’est pas elle. C’est un feu sans flamme ni fumée dont la chaleur irradie instantanément.

Alors pour un auteur, comment débuter cette chaîne de présent ?

Moi je le ressens comme un chat imaginaire, un petit animal fragile, doux et souriant qui veut se lover contre moi. Un petit animal oui, mais surpuissant : ce petit animal est le dieu du temps des histoires.

Ce petit animal vient quand la pensée s’en va, quand le monde réel autour de vous disparaît, quand les intentions s’évanouissent. Il se frotte à vos mollets quand vous êtes absorbé par le monde et les personnages au point de l’oublier lui. Il vient quand vous n’êtes plus de ce monde, quand vous mêmes êtes partis, à force de plaisir, de concentration et de vérité, pour le présent de votre histoire.

Le présent c’est quand l’auteur a disparu, c’est quand l’acteur se donne, quand la chance et les miracles écrivent et agissent sur le cours du film, c’est quand l’obsession passionnelle des étoiles du temps vous emporte, vous le premier, loin, loin, loin, loin, loin, d’ici.

Oui, je crois que la fleur mystérieuse, chaude et dorée, d’une belle histoire captée par la danse de la lumière jusqu’au spectateur, cette fleur-là se cueille dans un drôle de pays, un espace magique et mystérieux, si délicat qu’une pensée nous en chasse, un pays où l’on n’entre pas,  un territoire sans porte, un univers secret qui est la vraie patrie et la toison d’or de tout artiste.

Ce pays là s’appelle Présent. Et il est si difficile de se défaire de tous les liens du réel, si  rare d’arpenter ce pays des merveilles, si miraculeux d’en ramener les trésors qu’il recèle que les œuvres qui en témoignent sont des dons précieux ramenés aux humains.

Ce que je crois c’est que pour un artiste, maintenant n’émerge que quand ici disparait.

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2 Comments

  1. liliak09-16-2010

    Alors, de retour au pays !
    Quel plaisir de te lire à nouveau, même si ce texte me semble mi-ésotérique, mi-hypnotique.
    Je décèle derrière ce mot « présent » que tu utilises, en premier plan le présent universel, le présent de vérité de la narration qui se nourrit d’abord des éléments qui font de nous des humains, à savoir les émotions. Matière première de tout récit qui ancre les histoires au plus profond de nos tripes.
    Et puis ce contrat que l’on signe au moment où l’on s’assied pour écouter l’histoire, et où le conteur respecte les attentes, surprend, fascine et nous emporte avec lui dans son ici et maintenant.
    Alors gratouilles au matou, et que d’excellents ici et maintenant se dessinent sur ton clavier.

  2. omeyer09-17-2010

    miaou ; )

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Stories beyond frontiers. Les histoires font la loi.