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À danser les étoiles

Il fait un soleil sombre.

Une drôle de lumière, noire et claire à la fois, là haut dans les nuages, les terrifiants nuages de l’aube. Un bord de mer, une lisière d’écume entre océan et sable. Un blanc de vague comme une main maritime, une main maléfique qui essaie sans cesse de happer ce fragile corps silhouette juste là, posé comme une épave de chair sur le sable mouillé.

Un temps arrêté. Les sorcières de la nuit ont bloqué la pendule du ciel, pour être sures. Corps silhouette bouge s’agite. Sur son visage, aucune chance.

Bras tendus, pieds et mains enfoncés dans une boue de grains de temps. Bouche s’ouvre, pas bruit, langue, tirée, dehors, rien encore, essayer, essayer, un bras
devant, pied gauche dans la gorgone, ça tient, ça retient, encore ce silence et les coups de vagues, viennent sur main gauche, serpent d’eau, maléfice.

Corps silhouette s’abandonne un instant. Face dans l’humide, respire fort, cheveux collés de désespoir. Seule.
Seule.
Seule.

Bouger. Respirer fort.
Pleurer ses larmes pour personne, fermer les yeux, cligner très fort les paupières cent fois, à se les râper de silice, coup de front dans la montagne couchée broyée.

Ouvrir les yeux, nuque tirée, tordue : même ciel, même lumière mouillée de noir, temps arrêté sur les sorcières.

Pas crever comme ça, pas encore, elles ne gagneront pas.  Corps silhouette lit dans son sang qui tape aux temps, bouilli de rage, sourde au monde, fœtus replié
sur un goût de salive mêlé de terreur. Debout. Debout. Corps silhouette veut se détruire de rage, se bruler de désastre pour un millimètre arraché à la paralysie.  Encore la vague à main gauche, doigts retirés vite de la bouche du serpent, tombée sur coude gauche, mordre, manger le sable, vomir pour un spasme, vomir
pour vivre quelques secondes encore, mourir par la volonté de mourir debout, pas elles, sorcières de merde, temps contre elle seule, abcès d’univers qui file au vent comme poison.

Arrêt. Énergie épuisée.
Elle ne se relèvera pas. Plus.

Silence.

Nuages sinistres, un rire brillant en travers de ciel brillé de saloperie.

Grains de sable sous corps silhouettes se mettent à bouger. C’est elles, leurs sortilèges encore ?

Mains à gratter le sable. Encore, encore, encore.

A s’enfoncer d’un mètre, de deux dans un cercueil en bord d’océan.

Et les grains bougent encore, plus vite que les mains. Corps silhouette ne comprend plus.

Danse des sables en tourbillon de liberté possible, en creux.

Chuchoté « pas en haut corps silhouette, ne te relève pas, creuse, creuse le sol, en bas le soleil, en bas le ciel, en bas dans l’inversion des sens le goût de mures, les frissons du printemps, ta peau en chair de poule sur des peaux de poissons chats multicolores, en bas, creuse toi aussi, pas nous seuls, corps silhouette nous sommes là, sous le sable »

corps silhouette espoir.
Oublié ce ciel bizarre, la pendule d’univers arrêté, les rires des sorcières, oubliée la rage et la peur, le désastre, l’adversaire, oublié le combat. Creuser tranquille au bord de l’océan.

Cent mètres deux cents mètres.

Vu du ciel, un petit corps s’agite dans un immense trou de sable, mille mètres, corps silhouette agite bras, pieds, coudes à creuser creuser comme une fourmi magique, creuser parce que les grains de sable bougent aussi, avec elle, chantent une chanson incompréhensible, joyeuse, une chanson insensée qui lui parle au cœur.

Sable fini arrivée sur une mousse humide, et mousse humide bouge, creuser, creuser encore, après mousse, une eau de torrent soyeuse et cristalline, boire, corps silhouette, boire et creuser, creuser l’eau, après eau c’est lumière, lisière irisée de fleurs, myriades de senteurs inconnues, enchanteresses, enivrantes, creuser lumière corps silhouette, après lumière c’est vide, laisser tout s’éteindre des mirages dans une chute vertigineuse, corps silhouette est bien, à fond de train, encore nue, sans volonté, riant maintenant, en hurlant  d’une joie enfantine tandis que défilent étoiles et planètes.

Poum.

Ici. Ici c’est facile, c’est toi. Corps silhouette se relève, petite fille de cinq ans aux yeux écarquillés, femme en sourire. Debout, oui, et marcher, découvrir, tout un territoire qui t’es offert, qui n’appartient qu’à toi.

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5 Comments

  1. souslesmots05-28-2010

    de drôles d’échos, assourdis, lointains, de l’eau, qui ruissèle sans que je puisse y mettre des mots.

  2. omeyer05-29-2010

    bonjour souslesmots et bienvenue à toi dans cet espace. tu prends quoi ? mojito ? vodka ? tequila sunrise ? tu décris très bien il me semble ce qui se passe quand le sens est capté par le cœur et la peau, et c’est pour être compris par eux deux que j’ai écrit ces lignes. Cheers !

  3. souslesmots05-29-2010

    J’aurai un faible avoué pour la caïpirina

  4. liliak06-02-2010

    … parfois il n’y a pas de mots pour dire.
    pschiouf ! si je puis dire.
    enfin, c’est infiniment… beau.

  5. omeyer06-02-2010

    ah ce pschiouf liliak, ce pschiouf tu ne pouvais pas me faire plus beau commentaire.
    merci

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